Même immeuble, même jardinerie, même samedi de mai. Au quatrième, côté rue et plein sud, un couple installe six géraniums et deux hortensias. Au deuxième, côté cour, orienté nord, leur voisine repart avec exactement les mêmes plantes. Fin juillet, les hortensias du quatrième ont les feuilles brûlées et pendent chaque après-midi malgré deux arrosages par jour ; au deuxième, les géraniums sont restés bien verts mais n’ont presque pas fleuri. Personne n’a mal arrosé. Chacun a simplement acheté pour le balcon de l’autre.
Le soleil se compte en heures, pas en points cardinaux
L’orientation donne une indication, rien de plus. Ce qui compte pour une plante, c’est le nombre d’heures de soleil direct qu’elle reçoit dans la journée. Les pépiniéristes parlent généralement de plein soleil au-delà de six heures, de mi-ombre entre trois et six heures, d’ombre en dessous. Un balcon plein sud au premier étage d’une rue étroite peut très bien n’en recevoir que deux ; un balcon nord au dernier étage, sans vis-à-vis, profite d’une lumière abondante même sans rayon direct.
La méthode la plus fiable ne coûte rien. Un jour de beau temps, prenez une photo de votre balcon toutes les heures, de 9 h à 19 h. Vous verrez où le soleil tape, à quel moment il disparaît derrière l’immeuble d’en face, quel coin reste à l’ombre toute la journée. Refaites l’exercice en plein été si vous avez commencé au printemps : le soleil monte plus haut, et le balcon du dessus, qui ne gênait personne en avril, peut couvrir d’ombre la moitié du vôtre à midi en juillet.
Regardez aussi ce qui entoure le balcon. Un mur blanc ou une grande baie vitrée en face renvoie à la fois lumière et chaleur : un balcon nord qui donne sur une façade claire reçoit bien plus de clarté qu’on ne l’imagine, tandis qu’un balcon sud pris entre deux murs clairs se transforme en four l’après-midi.
Au sud, la chaleur du pot pose plus de problèmes que la lumière
Sur un balcon très ensoleillé, la lumière ne manque jamais. Ce qui épuise les plantes, c’est la température du pot. Un contenant sombre posé contre un mur exposé l’après-midi chauffe fortement, et les racines souffrent bien avant que les feuilles ne montrent quoi que ce soit. Les pots clairs, les doubles contenants ou un simple habillage en bois limitent ce coup de chaud.
Côté plantes, regardez du côté de la garrigue : lavande, romarin, thym, sauges arbustives, cistes. Le gaura, les agapanthes et les graminées comme la stipa cheveux d’ange supportent bien ces conditions et apportent du mouvement. Un olivier en grand bac a toute sa place, à condition de ne pas le priver d’eau l’été : en pot, il n’a pas les racines profondes qui le sauvent en pleine terre. Les hortensias, eux, n’ont rien à faire là.
En jardinerie, un indice simple aide à repérer les plantes taillées pour cette exposition : la couleur du feuillage. Les feuilles grises, argentées ou duveteuses, celles de la lavande, de la santoline ou de l’armoise, doivent leur teinte à des poils ou à une cire qui les protègent du soleil et limitent l’évaporation. Une plante au feuillage tendre et vert vif, à l’inverse, a rarement sa place contre un mur plein sud.
Au nord, on compose avec les feuillages
Un balcon nord ne sera jamais une explosion de fleurs, et ce n’est pas un défaut. On y travaille les formes et les nuances de vert : fougères, heuchères aux feuillages pourpres ou ambrés, Fatsia japonica et ses grandes feuilles découpées, hellébores qui fleurissent en hiver quand plus rien ne bouge ailleurs. Pour la couleur estivale, les bégonias et les impatiens restent fiables.
Les feuillages panachés ou dorés renvoient la lumière et éclairent un coin sombre bien mieux qu’une plante à fleurs privée de soleil. Si vous tenez aux camélias, c’est même l’exposition qui leur convient le mieux, à condition de les planter en terre de bruyère.
Pourquoi l’est et l’ouest ne se plantent pas de la même façon
Sur le papier, elles se ressemblent : quelques heures de soleil, une moitié de journée à l’ombre. En pratique, elles n’ont rien à voir. Le soleil du matin, à l’est, est doux ; c’est une exposition idéale pour les hortensias, les érables du Japon et la plupart des vivaces. Le soleil de l’ouest arrive au moment le plus chaud de la journée et frappe des pots déjà tièdes. En été, un balcon ouest se comporte presque comme un balcon sud, et mieux vaut le planter comme tel.
Le plus délicat est souvent de faire cohabiter ces contraintes sur un même balcon, avec un angle qui reste à l’ombre et un autre qui grille. Un paysagiste 3D en ligne part d’ailleurs de là : l’exposition est indiquée sur le plan dès le départ, et le choix des plantes, des contenants et de l’arrosage est vérifié en fonction d’elle avant la livraison. Avec ou sans professionnel, c’est le bon ordre : l’emplacement d’abord, la plante ensuite.
Quelle que soit l’orientation, ne remplissez pas tout le balcon la première année. Installez quelques plantes de base, observez comment elles se comportent d’avril à septembre, et complétez à l’automne, quand vous saurez exactement où tombe le soleil et où il ne vient jamais.