Les jardineries remplissent leurs rayons de pensées et de cyclamens de fleuriste en novembre, et beaucoup de jardins se résument à cela jusqu’en mars : deux jardinières près de la porte, le reste en sommeil. Pourtant, un nombre respectable d’arbustes et de vivaces rustiques fleurissent en plein hiver sous nos climats. Ils ne sont pas rares, simplement moins mis en avant parce qu’ils ne font pas d’effet en godet.
Les arbustes qui portent l’hiver
Le laurier-tin (Viburnum tinus) est sans doute le plus facile. Persistant, il se couvre de bouquets de petites fleurs blanches rosées de la fin de l’automne au printemps selon les régions. Il accepte la mi-ombre, la plupart des sols et la taille, ce qui en fait un bon candidat pour une haie libre.
Le mahonia fleurit en jaune vif entre novembre et février suivant les espèces et les hybrides. Ses grappes dressées sont parfumées et attirent les bourdons sortis lors des journées douces. Son feuillage piquant le réserve aux endroits où l’on ne passe pas en frôlant.
Le chimonanthe, ou chimonanthe précoce, a moins d’allure le reste de l’année, mais ses fleurs cireuses jaune pâle, en janvier et février, dégagent un parfum qu’on sent à plusieurs mètres. Même chose pour les hamamélis, dont les fleurs en fins rubans résistent au gel, et pour le sarcococca, petit arbuste d’ombre aux fleurs discrètes et très odorantes. Un conseil de placement vaut pour tous : on les installe près d’un passage, d’une porte ou d’une allée. Un parfum d’hiver planté au fond du jardin ne sera senti par personne.
Le jasmin d’hiver (Jasminum nudiflorum) complète la liste. Ses rameaux verts sans feuilles se couvrent de fleurs jaunes de décembre à mars. Il n’est pas parfumé, contrairement à ce que son nom laisse croire, mais il habille un muret ou un talus mieux que n’importe quelle plante annuelle.
Au ras du sol, les vivaces et les bulbes
Les hellébores occupent le premier plan. La rose de Noël (Helleborus niger) ouvre ses fleurs blanches en décembre ou janvier, les hybrides dits « orientaux » prennent le relais jusqu’en mars dans des teintes allant du blanc au pourpre presque noir. Elles aiment la mi-ombre et un sol frais, riche en humus, et vivent longtemps sans être déplacées.
Le cyclamen de Naples fleurit en automne, mais son cousin Cyclamen coum prend la suite en fin d’hiver avec de petites fleurs roses ou blanches. À ne pas confondre avec les cyclamens de fleuriste vendus en pot, qui ne supportent pas le gel. Les perce-neige, les éranthes à fleurs jaunes et les crocus botaniques complètent ce tapis entre janvier et mars ; leurs bulbes se plantent à l’automne.
Les bruyères d’hiver (Erica carnea et Erica x darleyensis) méritent aussi une place. À la différence de la callune, elles tolèrent un sol légèrement calcaire, et leur floraison rose, blanche ou pourpre tient plusieurs semaines.
Comment éviter le jardin qui fleurit d’un seul coup
Le piège classique consiste à acheter ce qui est en fleur au moment de la visite en jardinerie. En mai, on repart avec ce qui fleurit en mai ; résultat, un jardin superbe trois semaines par an et vide le reste du temps. Avant d’acheter, il vaut mieux poser sur le papier les douze mois de l’année et placer chaque plante sur la période où elle fleurit. Les trous apparaissent tout de suite.
Pour remplir ce tableau sans se tromper de mois, on peut s’appuyer sur des calendriers de floraison sur https://ma-petite-jardinerie.fr/, puis les croiser avec ce qu’on observe chez soi : une même plante peut fleurir avec plusieurs semaines d’écart d’une région à l’autre, ou entre un mur au sud et un coin d’ombre.
Il n’est pas nécessaire de viser une floraison continue partout. Un ou deux points d’intérêt par saison, visibles depuis la fenêtre où l’on passe le plus de temps, changent déjà la perception du jardin en hiver. Le reste peut reposer sur les écorces colorées (cornouillers à bois rouge, bouleaux à écorce blanche), les baies et les graminées laissées en place jusqu’en février.
Ces floraisons d’hiver ont aussi une utilité moins visible. Lors des journées douces, quelques insectes sortent : bourdons, certaines abeilles, des syrphes. Les mahonias, les bruyères et les hellébores leur offrent du nectar et du pollen à une période où le jardin n’a presque rien d’autre à proposer. Un jardin qui fleurit en janvier n’est donc pas seulement plus agréable à regarder ; il nourrit une petite faune qui sera utile au printemps, au moment de la pollinisation des fruitiers.
Planter maintenant ou attendre le printemps ?
La plupart des arbustes cités se plantent à l’automne, hors période de gel, ce qui leur laisse l’hiver pour s’enraciner. Les hellébores se trouvent en pot toute l’année et peuvent s’installer dès maintenant, de même que les bulbes de perce-neige ou de crocus, jusqu’en décembre. Pour le chimonanthe et l’hamamélis, plus lents, la patience compte davantage que la date : il faut parfois deux ou trois ans avant une floraison généreuse.
L’entretien reste léger. Sur les hellébores, on coupe à la base les vieilles feuilles tachées juste avant l’apparition des boutons, ce qui dégage les fleurs et limite les maladies du feuillage. Les arbustes à floraison hivernale se taillent, si besoin, juste après avoir fleuri, jamais à l’automne, sans quoi on supprime les rameaux qui allaient porter les fleurs.
Un dernier conseil : regardez vos plantes d’hiver depuis l’intérieur. En décembre, on profite du jardin à travers une vitre bien plus qu’en s’y promenant. C’est donc depuis le salon ou la cuisine qu’il faut choisir l’emplacement d’un hellébore ou d’un mahonia, pas en arpentant les plates-bandes.